mardi 20 août 2013

CLBC, bientôt de retour !

En attendant que le blog reprenne de l'activité, nous vous invitons à retrouver nos articles sur l'actualité artistique, principalement à Lyon, sur Hétéroclite et Le Petit Bulletin.
CLBC revient en septembre.

Bonnes vacances à tous.

jeudi 27 décembre 2012

CLIP#8 - FLYING LOTUS // TINY TORTURES


par C²

UNE HISTOIRE DE L'HISTOIRE DE L'ART


La revue n’est autre qu’un outil d’information, de promotion. Mais cette opinion dominante est une illusion. La revue a une prégnance qui va bien au-delà de la communication.

Yves Chevrefils Desbiolles et Rossela Froissart Pezone sont les auteurs de l’ouvrage Les revues d’art, Formes, stratégies et réseaux au XXème siècle, qui propose un panorama des revues marquantes, appliquées au domaine artistique. Elaboré à la suite d’un colloque, ce regroupement de textes offre une analyse par cas, non chronologique mais sociologique. Ce livre propose une lecture pertinente de l’histoire de la revue, et permet d'aboutit une histoire de l’histoire de l’art, comme le définit Rossela Froissart Pezone. 




En avril 2008 se tient à Aix-en-Provence un colloque intitulé Les revues d’art, Formes, stratégies et réseaux au XXème siècle. Cette manifestation, qui se déroule sur trois jours, aborde trois grands thèmes: les revues comme laboratoire de création, les revues au frontière et les revues comme lieux de sociabilités militantes.

Sous la direction de Yves Chevrefils Desbiolles, docteur en histoire de l’art et responsable des fonds artistiques à l’IMEC, de Rossela Froissart Pezone, maître de conférence à l’université de Provence, de Romain Mathieu, doctorant en histoire de l’art contemporain, et de Pierre Wat, professeur d’histoire de l’art contemporain à l’université de Sorbonne Paris I, l’ambition était alors d’étudier les formes, les stratégies et les réseaux établis par les revues d’art au XXème siècle. Fort du succès de cette entreprise, un livre apparu regroupant les axes explorés. Cependant, le passage du colloque au livre contient plusieurs enjeux plastiques et structurels complexes. Et malgré le caractère laborieux de l'exercice, l'ouvrage offre une véritable cohérence entre les différentes étapes et les divers cas étudiés.

En effet, une approche structurée et sociologique est adoptée pour appréhender au mieux cette "histoire de l'histoire de l'art". La volonté ici est d’ouvrir un champ d’explorations des revues d’art, afin de comprendre comment elles, et l’art, ont évolué

L’intervention diversifiés de professionnels et spécialistes rend compte de l'aspect scientifique de la démarche. Cependant, avec vingt-deux auteurs, le lecteur est confronté à vingt-deux styles différents. L’écriture varie entre de longues phrases complexes et d'autres concises. Cela impute un manque de fluidité au contenu.

Toutefois, le livre est organisé de façon à gommer cette lacune. Il est découpé en trois parties: les hommes, les groupes, les programmes. Ce découpage a une visé sociologique afin d’exposer le plus clairement possible le cheminement d’une revue. L’objet né de la volonté d’un homme, qui s’entoure et sélectionne des axes. Cette orientation offre au lecteur un point de vue logique afin d’appréhender facilement l’histoire des revues au XXème siècle. Chaque intervenant relate la naissance et l'aboutissement d'une revue en particulier, en étudiant toutes les composantes et le contexte de création. En fonctionnant de la sorte, une histoire de l’histoire de l’art finit peu à peu à se mettre en place.


Grâce à différents cas explicitement exposés, le livre démontre comment les revues d’art du XXème siècle ont contribué à écrire l’histoire de l’art. A la fois champs d’expérimentations, lieu de manifestes, ou espaces de tendances, la revue est partie intégrante de l’art
Pour autant, la spécificité du sujet requière un véritable engouement pour arriver aux termes de cette lecture. De même, il est regrettable que les cas étudiés les plus récents ne soient que des années 1970. Certes l’histoire des revues est un vaste champ d’explorations à mener, mais il aurait été intéressant de confronter des cas du XXème et du XXIème siècle

Chevrefils Desbiolles, Yves, Froissart Pezone, Rossella,
Les revues d’art, Formes, stratégies et réseaux au XXème siècle,

Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2011
par C²

samedi 17 novembre 2012

#CHRONIQUE CINE

Les films vus au cinéma cette semaine:

Nous York, de Géraldine Nakache et Hervé Mimran
Désolant! Ce film est d'une pauvresse affligeante: manque de scénario, suites d'actions improbables et une interprétation moyenne. Le mieux reste l'image véhiculé par le film sur les touristes français: le français à l'étranger est un benêt qui crie "Obama" parce que c'est IN, ne sait pas parler français bien sur et collectionne tous les souvenirs les plus kitchs possibles. Stop.

La chasse, de Thomas Vinterberg.
Un des coups de coeur de l'année. La chasse est un film touchant et poignant. Il aborde le sujet délicat des rapports entre adulte et enfant, là où le mensonge se fond avec la réalité. Dès le début, le spectateur est pris aux tripes et est retenu en haleine jusqu'à la fin. Une fin ouverte, qui expose bien la complexité du sujet. Saluons la remarquable interprétation de Mads Mikkelsen, qui incarne avec justesse le mal-être du personnage. Un film à voir.



par C²

mardi 13 novembre 2012

QUAND LE GENTIL GARCON RENAIT DE SES VERRES


Le Gentil Garçon est l’enfant terrible de la scène artistique française. Né en 1974 à Lyon, l’artiste déclare dans Le futur est derrière nous car on ne le voit pas venir être né en 1998. Nom, visage, informations personnelles sont tant d’éléments que Le Gentil Garçon s’efforce de cacher au grand public. Ne souhaitant point se soumettre au dictât du marché de l’art, cet artiste polymorphe explore tous les médiums qui s’offre à lui: dessin, sculpture, installation, performance. L’œuvre Phoenix est une illustration des créations multiformes de l’artiste. Cette installation de pianos fût réalisée en deux temps

Le Gentil Garçon, performance filmée, 21 mai 2002, Attitude, Genève

Le 21 mai 2002, dans les locaux d’Attitude à Genève à 19h30, Le Gentil Garçon donne un micro concert pendant le vernissage de l’exposition. à cette occasion, l’artiste crée un piano à usage unique dont le fonctionnement est simple: grâce à un système de transmission mécanique irréversible, chaque touche du clavier est relié à un verre à pied. Lorsque l’artiste enfonce une touche, le verre correspondant à cette touche est brisé. Vêtu d’un costume queue de pie, le visage protégé par un casque de soudeur, Le Gentil Garçon fait son entrée dans la pièce. Le concert, durant moins de cinq minutes, est explosif. Lors de la prestation, 84 verres sur 88 sont brisés. A la fin du concert, l’artiste se lève et brise deux verres de ses mains. A l’issu de cette performance filmée, Le Gentil Garçon ne sait que faire des résidus de verre, mais les conserve en espérant leur trouver une seconde vie plus tard. Cette première partie de l’œuvre, dont la dimension «trafiquée» de l’instrument peut faire référence aux pianos préparés de John Cage, serait une sorte d’exutoire pour l’artiste. N’ayant jamais été bon en musique, cette performance artistique est une manière de se venger. Pour l’écrivain Yves Tenret: «Le Gentil Garçon a le sens du détail et surtout de celui qui est ridicule». L’artiste joue bien plus de l’ironie que de son inaptitude à faire de la musique.


Le Gentil Garçon, performance filmée, 21 mai 2002, Attitude, Genève

Un an après, il prépare une exposition pour le Kunst Museum à Bonn. Demeurant en Allemagne le temps du montage, il découvre un atelier de fonderie qui réalise des trompettes en verre. C’est alors que le souvenir des verres brisés, du concert donné un an auparavant, resurgit. L’artiste décide d’utiliser les débris afin de couler un cor. Soutenue par Françoise Guichon, alors directrice du Centre International de Recherche sur le Verre à Marseille, Le Gentil Garçon fait fondre le verre afin de lui donner une nouvelle forme: des flammes naît un cor au son puissant. Il intègre l’instrument de verre à l’installation Phoenix, composée de deux pianos. Le premier piano, issu de la performance de 2002, est réexposé tel qu’il était à la fin du concert, avec plus que deux verres intacts. Le deuxième piano est une réplique réalisée en 2003, recouverte de velours noir sur lequel est posé le cor en verre. Des vidéos, mêlant les images de destruction du vernissage intitulée The First Last Song à celles prises lors de la création du cor en verre, sont greffées à l’ensemble.

Le Gentil Garçon, Phoenix, 2002-2003, installation mixte

Là encore, Yves Tenret explique avec clairvoyance la démarche de l’artiste: «Le Gentil Garçon a choisi d'être quelque chose, des bricoles ingénieuses, jouets pervers et polymorphes». Cette installation est toute à la fois: astucieuse, multiforme et sarcastique. L’ironie distillée dans cette œuvre rappelle l’esprit Fluxus, dont l’ambition était d’abolir les frontières entre les arts sur un ton provocateur. L’ingéniosité du premier piano renvoie à l’univers stéréotypé de Mac Gyver. Par ailleurs, le choix de l’artiste pour le piano n’est pas anodin: la dimension sculpturale, ainsi que la place confirmée de l’objet dans l’histoire de l’art, ont très certainement orienté le choix de l’artiste. En 2003, le piano a perdu de son importance dans la société. En prenant cet instrument pour son œuvre, l’artiste joue sur une imagerie classique implantée dans une production artistique contemporaine. De plus, le verre n’a pas été employé uniquement pour sa capacité à se briser. Ce matériau a la caractéristique particulière de pouvoir être réutilisé, refondu indéfiniment sans jamais perdre de sa qualité. Ainsi, Le Gentil Garçon peut inlassablement briser les instruments pour manifester sa frustration face à la musique. Mais ironie du sort, l’instrument ne cessera de revivre.

Le Gentil Garçon, Phoenix, 2002-2003, installation mixte

A travers cette œuvre, l’artiste met en lumière un univers rempli d’ironie et teinté de poésie. La dimension ludique de la pièce va de paire avec l’esprit bricoleur du Gentil Garçon. Tel un enfant qui voudrait prendre une revanche sur ce qu’il n’arrive pas à faire, l’artiste se met en scène avec dérision et cherche à interroger le monde de l’enfant, avec une technicité physicienne.



par C²